Je crois que je fais vraiment de la boulimie. Etre seul dans mon appartement avec de la bouffe à profusion, ça ne fait pas bon ménage. Ce soir ça a atteint des sommets. Je suis allé acheter du faux
chocolat hongrois, des petits gâteaux, une bouteille de cola Spar - quelque chose d'impensable pour un amateur du goût de ma sorte, sachant en plus que l'argent n'est pas à la mesure de tels
caprices. J'ai fini le sucre en poudre, la buzadara, deux pommes, tout cru. A midi pourtant j'avais bien mangé. Je tente de tarir mon appétit en buvant deux litres d'eau. Mais il faut tout de même
que je m'enfile une platrée de pâtes trop garnies en épices, sel, poivre et paprikas, un quart de chorizo. Mâcher cette malbouffe c'est mâcher mes souvenirs, combler le temps et l'absence
d'internet, de ligne téléphonique vers quelqu'un que à qui je pourrais donner rendez-vous au Parc de la Tête d'Or. Pas ces personnes que je ne connais qu'à moitié pour passer le temps, même si
elles sont le plus adorable du monde, ou presque.
Que m'arrive-t-il ? Il y a une semaine encore je me faisais raisonnablement un bon repas, calmement avalé, savouré. Je crois que la seule raison à cela est que je ne sais pas vivre seul. Si je dois
partir à nouveau, ce sera avec plaisir, mais il faudra que je trouve compagne ou compagnon de valeur, pas du bouche trou local. Amour ou ami, il me faut une bonne raison pour faire la vaisselle
régulièrement, me tenir convenablement, ne pas laisser traîner du linge partout. Il me faut quelqu'un pour me tenir le crachoir, pas un maudit blog de plus. Toutefois je suis rassuré pour une chose
: je suis autonome, et quand je l'ai décidé, je tiens ma maison - même si l'on m'avait dit que je ne pouvais "pas comprendre" sans avoir été une fois seul. Maintenant c'est fait. Me manque la
raison pour adhérer à mon opinion.
Rita est vraiment gentille. Elle m'a invité demain, par patriotisme local m'a-t-elle dit, à l'ouverture du Summerfest. Je pense que si je restais plus longtemps ici elle deviendrait une vraie amie,
avec son adorable famille, accueillante et attentionnée, toujours disponible. C'est toujours un plaisir de les trouver, avec leur vraisemblance de paix extérieure. C'est une vie accomplie, mais qui
n'a pas terminé de rebondissements, un peu comme celle que je voudrais vivre. Encore faudra-t-il trouver, mais je ne me fais pas de souci.
Demain est aujourd'hui. Malgré l'humidité et le froid au bord du Danube, la chaleur du Summerfest remplirait n'importe quel coeur gelé. De nombreux pays, mais pas la France, viennent danser sur
scène, dans une joie presque crémeuse. Les plus inattendus sont les Géorgiens, un peuple dont je ne sais pas grand chose si ce n'est la guerre avec la Russie. Je me suis fait beau dans ma chemise
blanche et ma veste. De la famille de Rita il ne manque que Liluska la petite dernière, les gradins sont pleins à craquer de Hongrois. Tout le monde encourage ce mouvement qui entretien la renommée
de la petite ville industrielle, qui fait venir un peu de monde, mais qui est aussi symbole d'ouverture et de partage à l'heure où 15% votent pour l'autarcie et l'élargissement des frontières. Des
couleurs venues d'Espagne, de Pologne, de Slovaquie, de Russie, d'Arménie, du Pérou, de Belgique, et même de Thailande ou bien de Turquie, enchantent par un spectacle de danse tout à fait
traditionnel/vomitif, mais très chaleureux, et même bien orchestré. Le maire aussi fait un long discours dont je capte certains mots : il parle de l'histoire de la Hongrie, de fraternité et de
force. Le tout est sponsorisé par la raffinerie MOL et Dunamenti, ainsi que quelques autres. Une flamme brûle durant toute la soirée, et aucun hymne n'est oublié, tout le monde debout, la main sur
le coeur.

Un petit (interminable en fait) mot du maire, raconte l'histoire
de la hongrie, remercie les sponsors. Il est écrivain. "Ah ces littéraires... Ils ont besoin de parler" dit Emile Gandillet.

Les slovaques, avec leur hachette

Les russes, ça ne se voit pas ici, mais ils sont très
sportifs

Les péruviens, c'est coloré
Tout le monde s'aime, que c'est émouvant

Et un petit feu d'artifice
Summerfest-opening
Samedi c'est un autre festival qui m'attend, d'une autre dimention : le très célèbre Sziget Festival. Après avoir pris le train pour Budapest, je retrouve mes deux accolytes. On mange un morceau,
on achète rapidement de quoi faire des sandwitchs (nécéssaires : pain de mie, saucisse de dinosaure, salade, gateaux secs, salade, pommes).

Chacun son bracelet, c'est le pass d'entrée

On accède à l'Obudai Sziget par une seule et unique passerelle.
Heureusement qu'il n'y a pas eu d'incendie.
Notre passage au Festival s'est résumé à surtout rester sur la grande scène, théâtre d'un enchaîenement de groupes 100% British, c'était le thème du samedi.

La grande scène est grande, mais moins grande que celle de Rock en Seine. Ce qui
compte et qui est étonnant au Sziget, c'est surtout le nombre de scènes.

Pour être bien placés, on est venu une heure avant le premier
concert. Ici, mes deux acolytes patientant sourire aux lèvres.
Dans l'ordre :
En premier sont passés les Subways. Ils sont trois sur scène : un batteur au visage de faux méchant, un guitariste excité, et une belle blonde à la basse, avec une voix suraigüe. Comme on s'en
doutait, c'était du pop-punk assez basique, dont le mot d'ordre braillé par le leader témoigne du niveau intellectuel "be fucking crazy" ceci répété une dizaine de fois. Le nombre de slams était
plutôt élevé, et beaucoup d'excités ne tarissaient pas de headbang plutôt violents. Vomitive musique, tous les morceaux se ressemblent, mais l'ambiance n'est pas mauvaise, quoique très
collégienne.

Un guitariste très excité, genre qui fait craquer les
teen-minettes. Il n'oublie pas de dire KEUZEUNEUME à chaque fin de chansons, et BE FUCKING CRAZY avant d'en commencer d'autres, toutes semblables. Il grimpe sur la batterie, et se jette dans la
foule à la fin.

La blonde, pour un mélange parfait. Un batteur au regard de méchant, il en
faut.
En second sont passés Editors. Dès le départ on sent plus de professionalisme. En effet, la quantité de matériel est impressionnante : trois instruments par musiciens (un ou deux clavier+ un
instrument de spécialité chacun au moins). Il y a des spots posés sur scène, comme si ceux existants n'étaient pas suffisants. Ils sont quatre, et jouent tous de tous les instruments. Il y a tout
de même un spécialiste du chant assez toqué dans ses gestes, guitariste et clavieriste dans le même temps, et un batteur bardé de toms électroniques et accoustiques. Dès les premières notes c'est
l'extase, même si ça fait un groupe de new wave en plus. Les airs sont envoutants, élancés, froids et hypnotiques. Le jeu de scène est différent du précédent, mais tout aussi efficace. Le public
n'est pas le même non plus.
Le style est travaillé, et il y a du matériel...

On était vraiment proches de la scène.
Une image du chanteur toqué
On fait une petite pause car il se fait soif et que nos pieds ont déjà souffert de l'enchainement de trois heures de concert. On passe au passage devant un petit groupe Hongrois sympathique, mais
qui ne met pas non plus le feu à nos poudres.

Le petit groupe Hongrois
Et oui, il faut bien un petit coup de narcissisme de temps en temps
Aussi un petit passage vers la scène Wan2, avec de la Dub, le groupe nommé Brains

Un passage aux toilettes nous fait observer que le camping est
sauvage, entre les scènes. Ca fait peur.
En troisième, c'est au tour de Klaxon. J'avais déjà entendu parler de ce groupe de new rave à la MGMT, très jeune, très dynamique, et tout de même travaillé. Ils mettent un ambiance terrible sans
jeu de scène particulier, et la foule connaît tous les morceaux par coeur. Ils ont du style. On ne peut pas approcher la scène.
La classe, même si on était plus éloignés.
On garde les places au front, troisième rang, assis dans les détritus, au milieu des pieds. J'ai rarement autant eu de "Converses". C'est le côté trop de rock.
Une charmante demoiselle nous a pris en photo tous les trois.

Le présentateur revient sur scène pour présenter les Manic Street
Preachers en Hongrois et en Anglais.
Le quatrième groupe s'appelle les Manic Street Preachers. Le décor sympathique nous donne espoir qu'il soit un groupe merveilleux, venu du Pays de Galles, avec son bassiste habillé en marin blanc
pailleté à la The Cure. En fait il s'agit de rock tout ce qu'il y a de plus simple et de plus surexploité, avec des airs faciles, un tambourin, et des soli de guitare crémeux. C'est la grosse
déception du jour. Le public est rempli de Gallois, de filles, et de fans de Placebo qui attendent leur heure. Il y a eu un fait marquant : une pyramide humaine dans le public.

Un bassiste très Robert Smith, sans la touffe de cheveux, mais
avec les mêmes paillettes.
Une composition digne d'un Eugène De Lacroix.
En cinquième arrive le tant attendu Placebo, ultime spectacle sur la grande scène. On a pu les voir, un peu. La foule était vraiment folle, je tenais au creux de mes mains mon appareil photo, plus
chèrement que mon propre coeur. Mais c'était ennivrant.
Brian Molkow est dans la place, et on subit soudainement de gros mouvements de foule. J'ai cru perdre mes servicales ce soir là. C'est impressionnant de voir ces deux zigotos là en vrai,
transpirant sur leur instruments. Il y a peu de photos à cause du bordel monumental dans la fosse.
Every me every you - Placebo
Ne fait pas de belles photos qui le veut. On va dire que je suis un artiste, ça passe tout de suite mieux.
Après l'effort, le réconfort. Du pain compacté, digne de César, et de l'appétissante saucisse de Mammouth - néanmoins délicieuse.

Nous sommes ensuites allés faire un tour, le dos en compote et
les pieds en sang, vers des destinations plus calmes. Ici la scène Rom, avec un concert de gitans, en Français s'il vous plait.

Le curieux chapiteau "Image Miroir" dans lequel se déroule
d'étranges spectacles de danse contemporaine, avec une fille nue qui se verse des bidons de crème fraîche dessus, et une vieille mégère aux cheveux oranges qui présente les artistes.

Le Jazz Club. Lorsqu'on est passés, il y avait un DJ et une
chanteuse de jazz. Ce n'était pas franchement génial.
L'île d'Obuda se souviendra du passage des festivaliers pendant des millions d'années.
Le voyage se termine, près de minuit nous prenons le train pour un retour à Nyugati, après avoir assisté à cinq grands concerts, et à un total de dix représentations. Ca passe si vite. C'est un des
grands objectifs du séjour en Hongrie qui vient de passer. La tendance dit qu'on approche de la fin de ce séjour exceptionel, et qu'on n'a pas envie qu'elle arrive.
Sziget-Festival